Vendredi 4 septembre 2009 5 04 /09 /Sep /2009 17:50

 
Nul n'est prophète dans son pays...


Tahar Rahim, exceptionnel; Niels Arestrup, toujours au top (quoique son accent corse laisse à désirer !); un film sur l'univers carcéral, ok; un grand prix du jury à Cannes et l'extase de toutes les critiques... Sceptique...

Je sors de la salle après 2h35, trop long, déjà, pour un contenu, (au passage vu et revu), qui aurait pu largement tenir en 1h30, et là subitement je me pose une question, simple certes, mais qui m'a vraiment posé problème : Quel est le message ? Qu'est ce que Jacques Audiard a voulu nous montrer ? Qu'est ce qui porte le film ?... Et la c'est le vide, le néant, impossible de trouver une quelconque morale... Je revois la dernière scène dans ma tête, Malik sort de la prison, en nouveau caïd, avec femme, fils, et triplé de mercedes Class Mafia
en protection rapprochée... Alors oui, bien sur, on ne va pas forcément au cinéma pour voir un "message", une morale, que ce soit dans un film de Tarantino par exemple (même si je ne suis pas fan). Oui, mais ici, ça ne colle pas...

Un Prophète est un film terriblement
froid, comme la pierre de ses prisons.... Vide de sentiment, on ne ressent aucune émotion, du début a la fin. Principalement à cause de son cruel manque de poésie et de son réalisme cru, qui laisse de marbre. Le problème vient aussi du fait qu'il pioche dans différents genres pour finalement finir en une fiction insipide. En effet, Un Prophète pourrait aussi bien être un documentaire sur les prisons (un sorte d'Envoyé Spécial), qu'un film fantastique (les passages avec Ryad). Oui mais voila, Audiard s'attarde si peu, et surtout si mal, sur l'aspect psychologique de ses personnages que, dès que le fantastique surgit et que l'on s'attend à ressentir une once d'émotion, il en devient grotesque : les retours du fantôme de Ryad ne fonctionnent vraiment pas, et bien entendu, la séquence des chevreuils, ridicule, et qui, comble de l'absurde, nous délivre le titre du film...

Un Prophète m'a finalement paru comme être une vaste démonstration, une grande parade dissimulant d'énormes faiblesses. Cette finesse stylistique du film de Jacques Audiard est une vaste supercherie et cette illusion est possible grâce à un scénario brillant d'élasticité. Alternant
moments faussement anodins troués par les grosses séquences à enjeu (premier meurtre, première sortie, premier coup, etc.). L'équilibre tient aussi grâce jeux des forces négatives de la prison (répétition, claustrophobie, simplisme des relations, à l'image de la belle guerre d'occupation de l'espace de la cour de prison entre Arabes et Corses) pour dresser sa petite forteresse vaguement formaliste, ce qui permet parfois au spectateur de se laisser emporter. Le film nous montre ses muscles, soutenu pas ses musiques emphatiques et sentencieuses. Il étouffe et s'etouffe dans son programme balisé, et accuse un sérieux manque d'imaginaire ou d'un quelconque parti-pris esthétique (si ce n'est celui de ne rien faire). Au fond, Audiard rêve sans doute que d'un style minimaliste au possible (animalité, sècheresse, puissance d'évocation résumée à sa plus simple expression), mais son film ne témoigne que d'une implacable littéralité : ne jamais se montrer capable d'être un peu plus que ce qu'il est, coller laborieusement à son matériau narratif et s'accrocher en permanence à son petit programme de répétition et d'entêtement.


Finalement, Un Prophète rejoins les grands noms du "cinéma d'auteur pour multiplexes", et au fond, être un prophète, ce n'est peut-être pas plus compliqué que de savoir comprendre la demande... (ou les panneaux de signalisations ?...)




PS : Je vais essayer de poster un peu plus souvent... :-p
 



Par Pierre - A.
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Commentaires

Enfin un commentaire clairvoyant qui tranche avec le concert de louanges qui est déjà à lui seul un sujet de réflexion intéressant. Je viens de voir le film, et j'en retire l'impression d'une vaste supercherie. Le talent du réalisateur et des comédiens est visible, la photo magnifique. Mais tout cela dans quel but? Que tant de spectateurs et de critiques soient capables d'accepter qu'il y a là une vision réaliste de la prison (alors que ce n'est que l'esthétique du film qui est réaliste) me laisse songeur. Et je me demande si le prétendu réalisme d'Audiard n'est pas une forme de spectaculaire pour pseudo intello, la caution en effet "film d'auteur" d'un film de gangster pour multiplex.
Commentaire n°1 posté par Cleanthe le 06/03/2010 à 11h33

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