Mardi 28 avril 2009 2 28 /04 /Avr /2009 19:44


    "Qui m'aidera à me relever ?"


          Un père licencié qui erre toute la journée dans les rues, une mère au foyer qui se morfond, seule, à la maison, un fils aîné qui s'engage dans l'armée et part au front, et le cadet qui rêve d'être un artiste et tapote les touches d'un synthé hors d'usage... Un chaos familial, des destins bouleversés, et l'espoir d'une percée de ciel bleu au milieu de l'orage... 
Plus de 25 ans après son premier long métrage, Kiyoshi Kurosawa semble atteindre, avec Tokyo Sonata, une envergure poétique, une réelle force sublime, "relativement" loin de ses histoires de fantômes d'il y a quelques années.
        
          Nous débutons à l'intérieur d'une maison japonaise, où la mère de famille s'empresse d'aller fermer la fenêtre, afin de protéger le foyer de la pluie qui tombe drue dehors. Ce plan est certes très beau esthétiquement bien sûr, avec ces cadres imbriqués, mais est aussi lourd de sens puisque posant, métaphoriquement, la trame du film. En effet, Kurosawa réalise ici une véritable introduction à son film, en posant la question principale à laquelle il ne répondra qu'à la fin : doit-on se préserver des tempêtes ?

          Même si nous ne sommes plus dans le pur genre fantastique auquel Kurosawa nous avait habitués, nous n'en sommes pas si loin. En effet, chacun des personnages, au plus fort de l'orage, effleure le fantastique. Le père rejoignant les chômeurs, qui, tout comme ceux travaillant encore, se déplacent en rang, tel des mort vivants, dans une sorte d'état "fantômatique". La mère, enlevée par un cambrioleur, se retrouve au bord de la mer, où l'aube se lève, un moment très onirique. Le fils aîné disparait littéralement du film, on ne le retrouvera qu'en rêve,où il ne sera plus que l'ombre de lui même, dégoûté de ses actes et de sa vie, et lui aussi spectral, fantômatique. Enfin, seul le cadet, qui prend des cours de piano en secret, conserve un certain "réalisme" tout au long de film, et ce n'est pas un hasard... Et toujours ce train, derrière la fenêtre, qui rythme cette lente aliénation...
L'ouragan emporte tout sur son passage, les cataclysmes s'enchainent et tout semble être inéluctablement détruit. On se demande si le bout du tunnel existe vraiment, quand on croit le père mort, fauché par une voiture en pleine nuit, qui reviendra finalement à lui le lendemain matin dans le caniveau... Le calme reviendra pourtant, et dans un sens, le ciel sera plus bleu que jamais.Après cette nuit fantastique, voilà donc la famille de retour au foyer, autour de la table, dans une ambiance assez particulière et silencieuse, le calme après la tempête en quelque sorte. Cette tempête semble paradoxalement avoir reconstruit quelque chose autant que d'en avoir détruit. Tout ces déferlements ont en quelque sorte purifié les esprits de chacuns et l'on s'attend a une fin digne de ce nom, à juste titre...

          Après toutes ces péripéties, que pouvait-t-il se passer ? Reprendre une vie normale ? Se réconcilier ? Tirer un trait sur le passé ? rien de tout ça... C'est ici que le réalisateur nous délivre enfin son message. Alors non, il ne faut pas se protéger des tempêtes car, même si elles sont brutales et difficiles à surmonter, elles sont sans doute nécessaires et meilleures qu'une lente inondation. L'épilogue que Kurosawa nous délivre ici est tout simplement magnifique. Le jeune garçon, le seul qui n'avait pas été totalement "effacé" par les évènements, donne une audition de piano, et joue le Clair de lune de Debussy. Moment de grâce... La salle ébahie, les spectateurs hypnotisés, les parents bouleversés...
Le temps a suspendu sa course, un miracle semble se produire... Certes cela ne résout rien aux problèmes de la famille Sasaki, mais, étonnament, tout semble à nouveau possible. Et une étrange sensation que la réalité et le fantastique se rejoignent ici en un seul sentiment, le bonheur... A la rencontre d'un clair de lune et d'un enfant prodige, et finalement, on a envie d'y croire. Merci, Mr. Kurosawa...





Par Pierre - A.
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